vendredi 25 août 2017

Un MONSIEUR tellement instinctif

MONSIEUR : SIR



Lorsque vous rencontrez MONSIEUR, vous voilà d’abord en présence d’une voix, que dis-je d’une voix, de plusieurs voix belles et chaleureuses. Nous avons fait le tour de cet album de qualité. Un album qui commence par une chanson en anglais « A Part of History ».

MONSIEUR commence en douceur. Il faut dire que c’est un MONSIEUR avec une grande classe, une vraie gentillesse. MONSIEUR swing, MONSIEUR jazz, MONSIEUR soul, le tout : franc, clair, précis, propre… qui donne envie d’écouter. Le morceau est un peu court… enfin, il semble un peu court, ce qui est plutôt bon signe pour la suite. Car aller à la rencontre de ce MONSIEUR, un vrai SIR, ce n’est pas désagréable du tout. Et les cuivres, wouah les cuivres !!! Mais non, non, non, ne comptez pas sur moi pour tout vous dire, non mais ! Moi aussi je suis un Monsieur, enfin, oui, il me semble… une part d’histoire.

Une petite remarque pour la suite de l’écoute de « SIR », en général MONSIEUR aborde des sujets plus sociaux quand il pousse la chansonnette en anglais.

De l’anglais on en vient au français et MONSIEUR prend sa guitare pour une chanson où MONSIEUR, dans un style pop, folk, blues, s’adresse à quelqu’un : « Montre-moi ». Ce quelqu’un ne semble pas très sympathique : Profiteur ? Promesse pas tenue ? Quelqu’un qui regarde tout le monde de haut ? Quelqu’un que je vais vous laisser découvrir. MONSIEUR à de drôles d’oiseaux comme amis et cela lui donne un touché de guitare perfecto et une belle chanson… un peu amer. Mais n’aimez-vous pas l’amertume ? Un peu au moins, non ? Oui ? Oui bien sûr.

MONSIEUR est peu commun. Il passe d’un sujet à l’autre. Sujets qui n’on rien à voir en apparence… méfions-nous des apparences. MONSIEUR nous transporte dans un monde où la machine remplace l’homme de plus en plus. Pourquoi pas un « Robot Fucker » ? Pas besoin de vous faire un dessin. (Lisez le comics « CASANOVA » édité chez Urban Comics, Collection Urban Indies). MONSIEUR donne le rythme funky, avec une basse qui maintient le groove et la guitare : wouah, cela donnerait envie de danser, mais le titre est tragicomique en finalité. « Robot Fucker », un petit bijou de musique avec cette guitare très jazzy et la voix soul de MONSIEUR en duo avec lui-même. Une perle je vous dis… On pourrait presque penser entendre un morceau de Dweezil Zappa. En tous les cas cela lui plairait sûrement. Oups ! Je n’aime pas trop faire des comparaisons, ce n’est pas trop mon truc… Un final à capella, un bijou, j’vous dis.

MONSIEUR a tout un univers, un vinyle qui grésille, c’est « Un souvenir lointain », une histoire d’amour qui ne fait plus d’effet, alors MONSIEUR l’exprime avec la même force qu’a été la douleur de sa rupture. Comme quoi l’amour entre deux êtres est quelque chose de… je m’arrête, je ne suis pas là pour donner des cours de couples.



Si la blessure de MONSIEUR est guérie, il ne faudrait pas que cela recommence. « Je ne t’échangerai pas » ! Il n’y a pas de partage, l’amour est unique. Et là, mes amis, MONSIEUR résiste avec rythme, toujours soul et jazzy. MONSIEUR ne demande pas grand-chose, il est charmant : charmant et ferme. Et ses capacités vocales, son talent de multi instrumentiste nous sont étalés dans une sobriété : celle d’un MONSIEUR et non pas d’un rustre. MONSIEUR n’échangera pas celle qu’il aime et qui lui fait tant d’effet. C’est beau.

MONSIEUR a bel et bien son univers et voilà qu’il nous entraîne dans un morceau d’électro. Il semble que MONSIEUR ait gardé sa belle et les voilà bien joyeux. Mais est-ce vraiment le cas ? Ou cette femme n’est-elle pas une « Intelligence artificielle » ? Un Robot Fucker perfectionné comme dans le comics « CASANOVA » ? Il ne me semble pas ; j’ai entendu la voix d’un bébé. Il n’y a donc pas de robot, puisque MONSIEUR s’accompagne à la guitare dans ce morceau entraînant et joyeux. Joyeux : est-ce le mot ? Je me pose la question quand soudain le voyage électro s’arrête dans l’espace, l’espace temps, l’infini ?

Le son clair de la guitare de MONSIEUR, nous emmène maintenant dans une ballade agréable « Inside of Me », plutôt folk/country. Mon faible anglais ne pourra vous dire quoi que ce soit sur les paroles de cette bien jolie... Eh, eh, comme cela pas de spoiler. Vous découvrirez « Inside of me ». Je me demande si Bob Dylan aurait méprisé ce beau morceau aux effets sonores surprenants vers la fin ? Non il aurait apprécié. Comment je le sais ? Eh bien c’est ainsi.

Retour au français, « Â ton ouille ». Guitare précise, percus claires, nous voilà partis dans une chanson d’amour. Affaire de pirates, de bijoux, de bottes en caoutchouc… Ah l’amour ! MONSIEUR nous met en garde ; la liberté. Ah la liberté ! Une chanson à bien écouter et à bien interpréter. Je l’avoue, elle n’est pas facile. A part le joli petit morceau d’orgue, MONSIEUR reste avec sa guitare sur une certaine retenue, une rythmique imparable et une voix qui nous émerveille tant elle n’est pas un leurre.

« Une première fois de plus ». Guitare claire, précise, rythmique soul, les voix de MONSIEUR. Chanson un peu chaude où « tous peuvent se retrouver » (MONSIEUR). L’orgue derrière est très agréable. Ah l’amour, eh oui encore, je ne l’écrirai pas assez. Mais, mais car il y a un mais, je ne vais pas vous décrire cette chanson, vous la découvrirez et la réécouterez comme une première fois… de plus. Enfin il y a chez MONSIEUR, ici, un souci de précision, tant dans la musique que dans les paroles qui laissent l’auditeur… pensif ? Oui pourquoi pas ?

Batterie à l’accueil, piano, nous revenons à l’anglais : « The Devil’s Insight ». Une chanson qui nous permet de découvrir les qualités vocales de MONSIEUR. Ce morceau est vraiment cool. Le garder pour la fin de ce bel album, cela nous montre l’intelligence de MONSIEUR. Son goût artistique, son amour de la précision. La musique, toutes les voix sont posées de manière à que tout s’entende. L’orgue nous ramène quelques peu dans le passé mais ce n’est pas grave, au contraire. On se laisse séduire par le son parfait, par la composition simple (simple ne veut pas dire facile) et précise…

C’est fini. Un album de qualité qui se termine par « la perspicacité du diable » (l’une des traductions que j’ai trouvée. Mais en poésie ???), voilà qui donne envie de comprendre toutes les paroles de cette dernière chanson in english, même si moins on parle du diable mieux c’est… en tous les cas jamais à la légère. Ah c’est qu’il faut faire attention avec certains noms.

Et voilà MONSIEUR qui nous quitte. Au fait, puisqu’on parle de noms. MONSIEUR, drôle de nom ne trouvez-vous pas ? Que veut dire ce nom pour le moins mystérieux ? Je vous sais soudain attentif dans votre lecture.



INTERVIEW DE MONSIEUR


Nous voilà dans une rencontre nouvelle. Oui, c’est vraiment surprenant, à chaque fois enrichissant… flippant aussi. Oui car qu’est-ce que je vais demander à ce MONSIEUR ? Il faut bien y penser, pour ne pas me faire passer pour un drôle. Car vous savez, je ne sais pas s’il en existe encore beaucoup aujourd’hui des MONSIEUR. C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai préparé cet interview qui ira avec la chronique de son album dont le titre « SIR » ne m’a pas plus rassuré.

Alors je me suis dit, qu’est ce qu’un MONSIEUR ? J’ai cherché sur Internet et j’ai trouvé cette définition qui m’a plus et qui me semble bien aller à notre musicien : « MONSIEUR sert aussi à désigner Tout homme dont le langage et les manières annoncent quelques éducations » (Académie 8e édition).

Donc c’est clair, l’interview de MONSIEUR sera toute dans la retenue, je ne rencontre pas un hard rockeur ou un punk, non, mais un MONSIEUR. Je me prépare, méditant, réfléchissant, essayant de me rappeler les bases les plus simples de la courtoisie et de la bienséance, bon ça va, cela ne va pas être trop difficile, car l’interview a lieu au téléphone.



Voyons si cette citation de Pascal Quignard colle à notre artiste :

« Que cherchez-vous Monsieur, dans la musique ?
  • Je cherche les regrets et les pleurs »

Ichigo Samuru : Bonjour MONSIEUR, cette première question est obligatoire pour tout artiste interviewé : Si un handicapé ou un malade atteint d’une maladie grave vous dit que votre musique lui fait un grand bien, qu’est-ce que cela vous fait ?

MONSIEUR : C’est le plus beau cadeau de procurer avec la musique ce plaisir-là. C’est génial.

I.S. : Comment définissez-vous votre musique ?

M. : Ce n’est pas évident, j’ai énormément d’influences. La vraie rencontre c’est Prince et aussi Michael Jackson, Stevie Wonder. Puis le Rock : les Beatles, David Bowie et d’autres musiques.

I.S. : Vous êtes musicien depuis quel âge ? Et depuis quand composez-vous ?

M. : J’ai appris à 5 ans le piano. Au bout de deux ans, j’avais envie de faire autre chose. Puis j’ai mixé grâce à un ami. J’ai découvert Prince. J’ai commencé à joué de la guitare à 11 ans, composer à 13 ans et fait mon premier album à 17 ans. Album qui n’est jamais sorti. Des maisons de disques m’ont reçu, ils ont été marqués par mes influences. Le premier album de MONSIEUR est sorti en 2005, là c’est devenu professionnel.

I.S. : Vous êtes ingénieur du son. Est-ce que vous pratiquez encore ce travail ?

M. : Je ne suis plus ingénieur du son, j’ai fait des études de son, puis je suis entré dans une grande maison, ce qui m’a permis d’enregistrer mes albums.

I.S. : Pourquoi faites-vous de la musique ?

M. : Ce n’est pas réfléchi, c’est un besoin vital. Albert Cohen dit : « Je fais des livres comme le pommier fait des pommes. » Je compose en permanence.

I.S. : Pour qui faites-vous de la musique ?

M. : Pour tout le monde. Je n’aime pas cibler une tranche d’âge.



I.S. : Nous allons parler de votre album « SIR » mais d’abord cette question : Combien d’albums avez-vous enregistrés avant « SIR » ?

M. : Mes albums sont les suivants : « Bientôt chez-vous », « MONSIEUR », « Lost in the Supermarket » (EP), « 2021 » et « SIR ». Sur Internet « MONSIEUR » est divisé en deux : « MONSIEUR » et « La suite ».

I.S. : Où peut-on les trouver ?

M. : On peut les trouver sur toutes les plateformes : Itunes, Spotify, Deezer, sous le nom de MONSIEUR.

I.S. : « SIR » est un album en partie en français en partie en anglais, pourquoi ?

M. : Le premier album était tout en anglais à cause des influences. Après il y a eu un parcours du combattant. Ensuite on m’a encouragé à écrire en français. J’ai pu le faire avec « 2021 » et pour « SIR ». Si la chanson je la sens en français, je la fais en français, idem pour l’anglais. Cela doit rester instinctif.

I.S. : Les chansons en français : une est assez chaude, une autre est assez, comment dire : « gore » style humour british, une autre parle d’un homme que ne veut pas perdre sa copine. Aimez-vous ainsi chanter l’amour ?

M. : Oui, c’est un thème qui revient souvent en français, « Montre moi » est plus de société. L’amour revient souvent.



I.S. : A qui parlez-vous dans vos chansons ?

M. : Ça dépend. Ce sont des souvenirs ou du présent. On a tous le souvenir d’un premier amour. Ce premier amour ne changerait rien à notre vie aujourd’hui, si le pire arrivait. Le but de mes chansons est que tout le monde s’identifie.

I.S. : Les chansons en anglais, de quoi parlent-elles ?

M. : Cela dépend. La première chanson parle du rassemblement après l’attentat de Charlie Hebdo : combattre pour garder notre liberté.
« Robot Fucker » parle des robots qui envahissent de plus en plus notre société. Ce robot rend des services qui prête à sourire.
Une autre chanson est métaphysique.
Dans l’album « 2021 », en anglais, ce sont des paroles de science-fiction.

I.S. : Un morceau est de l’Electro de bonne facture. Qu’est-ce qui vous plait dans ce genre musical ?

M. : Avec l’Electro on peut varier les sons. L’Electro permet une palette extraordinaire.

I.S. : Etes-vous pleinement satisfait de « SIR » ?

M. : Oui. J’ai du mal à me réécouter. J’ai tendance à passer à autre chose. On fait la musique pour les autres.



I.S. : Passons à vos talents divers et certains. Votre voix, vos voix devrais-je dire, d’où viennent-elles ? Car vous avez une voix rare.

M. : C’est naturel. J’étais dans une chorale. Nous chantions des chants religieux. J’étais soliste soprano.

I.S. : Votre instrument principal est la guitare. Est-ce exact ?

M. : Oui. La guitare, j’ai composé avec. Sur « 2021 », pour me renouveler, j’ai du composer au clavier, afin de chercher des sons. Je compose aussi au piano. On compose différemment au piano qu’à la guitare.

I.S. : Dans « SIR » on entend à la fin de « Robot Fucker » un solo de guitare. Vous nous donnez envie d’en entendre plus. Pourquoi si peu ?

M. : C’est pas moi qui joue ce solo de guitare, c’est un invité : Olivier Rateau.

I.S. : C’est dans votre studio que vous fabriquez vos morceaux. Comment composez-vous ? Qu’est-ce qui vous inspire tant pour la musique que pour les textes ?

M. : Cela dépend. Je gratte des accords parfois au salon. Le meilleur est quand il y a enfin tout le morceau. Après il y a le studio où j’ajoute les instruments. Le studio devient un instrument. Tout est tellement instinctif.

I.S. : Composez-vous en vue de la scène ?

M. : Il y a des chansons qui demandent plus de moyens pour la scène. Mon deuxième album était pour la scène. « 2021 » serait un album difficile à jouer sur scène. Cela dépend, il faut y penser.

I.S. : Sur scène, vous êtes deux : vous et votre batteur Emmanuel Demangeons. Que vous procure la scène ?

M. : Question difficile... au début du trac, puis je me sens bien, je vois les réactions du public.
Il y a une période en studio, où l’on brûle de monter sur scène. J’ai bien envie de jouer les morceaux sur scène avant de les enregistrer.

I.S. : Quel est votre état après le concert ?

M. : Après le concert ; Je suis content d’aller à la rencontre du public. Je ne pars pas dans les loges, je préfère parler avec les gens tant que cela est possible. Il y a, à ce moment, une excitation.

I.S. : Sur scène, rejouez-vous votre album en entier ?

M. : Non, je fais un mélange en entier.

I.S. : Vous arrive-t-il d’improviser ?

M. : Non. Cela viendra peut-être. J’improvise à la voix en ajoutant des scats, des acrobaties vocales.

I.S. : Qu’est-ce que vous voulez qu’on retienne de MONSIEUR ?

M. : Que les gens oublient tout lors du concert, qu’ils soient dans une bulle, aient passé un bon moment en oubliant leurs soucis. Qu’ils se souviennent d’avoir été dans une bulle musicale, protégés.



I.S. : MONSIEUR, dites-nous, en deux mots :

  • Emmanuel Demangeons

M. : Ami, super bateur.

I.S. : Hum cela fait trois, mais j’accepte (rire). En deux mots :

  • Alexandre Dumont

M. : Manager bienveillant.

I.S. : En deux mots :

  • Serge Gainsbourg

M. : Poésie, compositeur.

I.S. : Et en deux mots :

  • Prince

M. : Révélation, musicien absolu.

I.S. : Ah encore trois mots, mais je les accepte, bien évidemment. Eh bien MONSIEUR, je vous remercie et vous laisse conclure cette interview.

M. : Les gens peuvent trouver l’album « SIR » sur Itunes, Deezer, Spotify et Qobuz.
Voilà un moment passé avec MONSIEUR, trouvez-vous que la citation de Pascal Quignard sied à MONSIEUR ? Pour ma part, je ne saurais dire en toute vérité, mais celle-ci oui, ne trouvez-vous pas ? Et je vous dis au revoir avec :

« Ah ! Monsieur, on ne se méfiera jamais assez de la poésie » (Marcel Aymé)



Crédits photos: Alexandre Dumont, Facebook de Monsieur. 

https://www.facebook.com/monsieurofficial/

Ichigo Samuru

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