mardi 26 décembre 2017

LE CRI. Il faut se laisser porter par son rythme et sa poésie.


"On veut faire du rock en français" (Victor)




INTERVIEW DE VICTOR (LE CRI)

Bonjour Victor, si un malade souffrant vous dit que votre musique l’apaise quel effet cela vous fait-il ?

Bonjour Ichigo. Cela me fait plaisir, la musique on l’écrit avant tout pour partager des émotions fortes.

Votre style de musique me fait penser à Noir Désir et à Dionysos.

Ces comparaisons sont évidemment agréables et sont très pertinentes. On veut faire du rock en français et ce sont deux groupes que l’on estime. Noir Désir, pour son énergie, ses guitares, ses paroles. Dionysos nous provoque beaucoup d’émotions aussi pour leurs textes et les prestations du groupe en live.

Que pouvez-vous nous dire sur Le Cri ? Et pouvez-vous brièvement présenter les musiciens ?

C’est un groupe de rock français qui a deux ans, formé par quatre amis. Nous nous sommes laissés guider par deux principes, qui nous ont semblé évidents dès la création du groupe : d’une part, écrire des textes en français avec une forte dimension poétique. D’autre part, nous avions envie de tout faire de A à Z, de la production au live.

Le groupe se compose de :
  • Victor: chant et guitare lead, je compose aussi la musique
  • Grégoire : Guitare rythmique
  • Marie-Anne : Basse
  • Vincent : Batterie, il donne beaucoup d’énergie au groupe


En parlant de l’album, la jaquette de « Éternelle Idole » est très belle, comment décidez-vous pour la concevoir ?

Nous avions fait la pochette du premier album nous même dans l’idée d’une auto production complète. Pour les artworks d’Eternelle Idole, nous voulions que quelqu’un nous apporte son regard afin de se concentrer uniquement sur la création musicale. Nous avons sollicité Mademoiselle Flo (@flo.mademoiselle), une photographe que nous apprécions beaucoup, puis nous avons organisé un shooting à Paris après qu’elle ait pu écouter l’album. Sur la photo que nous avons finalement retenue, je suis au dernier plan ce qui est inhabituel pour le leader d’un groupe, mais elle représente bien notre côté collectif avec la touche de féminité apportée par Marie-Anne au premier plan.


Pensez-vous que la pochette fait partie de l’œuvre ?

Oui complètement, nous voulions que la pochette fasse partie de l’expérience et qu’elle reflète une partie du groupe, ce qui nous semble le cas.

La guitare tient une place importante dans votre musique.

Avec la guitare, c’est une histoire d’amour. C’est un objet qui communique énormément les émotions, les possibilité sonores et musicales sont infinies. Je compose toujours à partir de cet instrument.

C’est également une question artistique, je me vois mal écrire des mélodie sans solo de guitare. C’est pour ça que j’aime dire que Le Cri remet les guitares à l’honneur.

Pour notre album Éternelle Idole, on a fait beaucoup de recherche sur les sonorités, les effets, on a changé de matos… bref on a travaillé le son. Il y a une influence rock-électro aussi, mais sans utilisation de synthé.

« Le Cri remet les guitares à l’honneur »



Regardons un peu l’album plus en détail :
« Quel Horizon » Pensez-vous que nous devons nous attendre à une guerre mondiale ?

C’est un morceau tranchant. Les paroles, écrites par Marie-Anne, disent que nous avons tous quelque chose à dire sur ce qui nous entoure et que nous pouvons agir, en abordant différents problèmes d’actualités, de l’immigration en passant par le féminisme et qu’en tant que citoyen nous devons nous en saisir.


« Éternelle idole » est un morceau magnifique. Mais quelle est cette éternelle idole, est-ce une femme ? Et pensez-vous que partir suffit ? Aussi pensez-vous que l’on puisse oublier ? Enfin, vendre son âme est une parole forte.

Pour « Éternelle Idole », j’ai commencé par composer la musique et les paroles sont venues ensuite. Je voulais m’affranchir des groupes que j’écoutais pour trouver une totale liberté.
« Éternelle Idole » fait référence au mythe grecque de Galatée, statue dont Pygmalion tombe amoureux. Et c’est alors qu’Aphrodite rend la statue vivante pour exaucer son voeu…

Ce mythe nous touche tous car chacun de nous peut avoir des rêves impossibles à réaliser. C’est donc une chanson qui parle de souffrance et d’une impossibilité. Surtout, cette « Éternelle Idole » peut venir toquer à la porte alors qu’on ne s’y attend pas. Elle me poursuit jusque dans le matériel que nous utilisons, une de mes guitares se surnommant « Galatée ».


En live elle n’est pas évidente à jouer en raison des effets très présents, des solos, des changements de rythmes. La dernière partie de la chanson, où je me fait porte voix de l’ « Éternelle Idole », est aussi un défi. 


« Cette Éternelle Idole peut venir toquer à la porte alors qu’on ne s’y attend pas »



« Sans contrefaçon ». expliquez-nous cette excellente reprise ?

Jusqu’à présent on a toujours fait des compos originales mais on voulait faire une reprise pour le live. Il fallait que cela soit différent de l’originale et, en même temps, que ça lui rende hommage.


Marie-Anne a proposé la chanson et à partir de là on a bossé pour qu’elle s’intègre dans l’univers du Cri. Imaginer un solo qui colle à cette chanson fut difficile et la solution est venue en partie de ce tremolo très prononcé qui lui donne toute sa singularité. Au final, avec les effets et la basse, nous avons trouvé un équilibre entre la chanson originale et notre propre univers.

On peut aussi y voir un clin d’oeil à notre premier single « Mauvais Garçon », avec l’idée de mélanger les genres.

« L’indien » Je résumerai en deux mots chercher et trouver. Cet inconnu plus humain dont vous parlez, pourquoi serait-il plus humain et plus humain que qui ? Vous trouver notre monde incertain ?

« L’Indien » parle du rapport à soi et à la société, au fait que chacun cherche ce qu’il est et sa place. L’indien fait le choix de sortir d’un consumérisme rassurant pour tenter une expérience dont l’issue est incertaine.


La voie qu’on nous montre est craquelée. Si on ne se remet pas en question, on est un peu responsable. On peut changer les choses mais cela nécessite de faire un travail d’introspection au préalable.

« Sur mars ». Vous parlez à un moment « dans cette rue », est-ce que la chanson parle d’une relation entre une prostituée et un homme qui va plus loin que celle avec un simple client ?

C’est intéressant ce que vous dites. La chanson parle d’une rencontre amoureuse, une rencontre très forte, violente. Le texte original de la chanson était trop personnel. Nous l’avons réécrit afin de laisser la chanson ouverte à l’interprétation de chacun.

Pour une fois, j’ai essayé de débuter la composition au piano mais cela ne « marchait pas » avec le groupe lorsque nous avons essayé de la monter. On a donc tout repris ensemble à partir d’une ligne de basse et de la batterie et là, ça a fonctionné.

Pour revenir à l’interprétation que vous me donnez, à la fin ce n’est pas une rupture, du moins pas forcément, il n’y a pas qu’une seule vérité dans Sur Mars, le sens, chacun peut se l’imaginer…

« Ulysse ». Qu’est-ce que ce petit morceau ?

J’aime travailler le son pour créer des ambiances sonores oniriques et parfois planantes, purement instrumentales. On avait d’ailleurs déjà fait cela avec notre groupe précédent (L’Echine et les Nippons).

Avec cette chanson, Ulysse, j’ai voulu créer une césure au milieu de l’album, une transition, une ballade avec en référence des groupes comme les Smashing Pumpkins. Cela devrait permettre de souffler, se reposer, en étant dans une univers poétique.
Le nom d’Ulysse… eh bien c’est parce que dans cette ballade est d’abord apaisé puis on va vers l’inconnu et le mouvement devient plus violent. Cela m’a fait penser à ce héro.

LE REPOS D'ULYSSE - Vincent Rougier

« Souffler, se reposer, en étant dans une univers poétique »

John Singer Sargent - Nonchaloir (Repose) (1911)

« Elle m’adore ». Qu’elle meurt ! Il s’agit d’une femme ? Pourquoi tant de plaies, de désespoirs ? On dirait qu’il veut que cette femme meurt et en même temps ce serait terrible pour lui ?

Oui vous avez raison, il veut cette femme. Il est amoureux d’elle car il croit qu’elle l’adore. Il y a un amour infini, mais ce n’est pas la réalité.

La voix saturée, la guitare brute créent une tension très forte qui vient souligner cet état second dans lequel se trouve le personne de la chanson.

« Pays Vermeil » Vous parlez de Paris Babydole, est-ce un jeux de mot voulu ? J’avoue avoir séché un peu sur cette chanson qui est me semble-t-il triste, mais avec un peu d’espoir ?

C’est une chanson que Vincent a écrite et qui parle de la vieillesse et de la nostalgie d’une époque disparue. Il s’agit de se rappeler de souvenirs heureux mais aussi parler de la mort.

Avec « Pays Vermeil » on a voulu prendre des risques pour surprendre notre public. Il faut se laisser porter par son rythme et sa poésie. Il a d’ailleurs des mots qui traversent l’album et que l’on retrouve comme une dernière évocation avant que le voyage se referme.

Vous aimez les chœurs ?

Oui ! C’est un énorme travail qu’on a fait. Les choeurs de Vincent sont une composante majeure de cet album. Les guitares se répondent, les voix idem, les chœurs répondent à ma voix. Par contre, c’est très délicat à mettre en place en live vu que Vincent est notre batteur mais cela apporte beaucoup. Dans l’avenir, on voudrait aussi que Greg et marie-Anne puissent y participer.

Comment se passent les répétitions ?

Nous répétons une fois par semaine, parfois plus. Il y a des répètes « de construction » et des répètes pour le live. Ce sont des moments festifs, ce n’est pas que du boulot !

Qui est le leader ?

C’est moi, mais on est bien un groupe de rock avec chacun ayant son rôle. Ce qui est formidable pour moi, c’est d’être porté par tout le groupe en live.

Comment se passent les enregistrements ?

Pour les enregistrements, on a voulu tout faire nous-mêmes. On aurait pu prendre la solution d’aller en studio avec un ingé son pour faire une prise directe mais, dans ce cas, la route est tracée et ça nous intéresse moins.

Du coup, on a dû tout apprendre. On a d’abord choisi d’enregistrer piste par piste, puis on a acheté le matériel. Ensuite on a loué une maison où il y a un bon son et on a fait les prises, et ça sur deux week-ends de trois jours.

Pour les prises de son le piste par piste nous permet de détailler énormément chaque morceau et de créer une véritable signature sonore, sans contrainte de temps ni d’argent. Je fais ensuite le mixage, auquel je me suis formé au gré de nos albums et de certains pour d’autres groupes. C’est comme cela qu’on a fait pour les deux albums.

Aimez-vous être en studio ?

Nous adorons cela, on est des amis qui aimons nous retrouver, et ce sont des moments que nous attendons toujours avec impatience. Pendant ces week-end nous travaillons énormément sans se sentir contraint un seul instant.

Lors des répètes acceptez-vous du public ?

On en a eu un petit peu, mais on est pas très à l’aise. De plus on joue très très fort… Ce n’est pas le moment à privilégier pour nous voir jouer !

Et lors des enregistrements ?

Une fois on a eu des amis… mais alors ce n’est pas possible de travailler !

Composez-vous en vue de la scène ?

Oui bien sûr ! La scène c’est des moments durs, on a affaire avec toutes les limites de chaque salle et de notre propre installation, avec des effets guitares et voix, une batterie sonore, etc… La scène est l’inverse du studio.

« La scène, c’est des moments durs, on a affaire avec toutes les limites »



Quel est votre rapport avec le public ?

Un rapport de partage bilatéral. Avec le groupe on donne tout ce qu’on a, à 300 %. Mais c’est aussi important de voir le public, il peut véritablement nous porter. Si le public n’est pas intéressé, cela va être plus dur pour nous…

Et avec les médias ?

Nous avons eu deux articles dans le journal l’Union. Un pour la sortie de « L’Hymne Fatale » et un pour « Éternelle Idole » qui annonçait la sortie de l’album et le concert.

Êtes-vous sensibles aux critiques négatives, s’il y en a ?

Bien sûr. Quand on a commencé, on a reçu des critiques négatives. Je ne suis pas un chanteur à la base. Je suis le premier à critiquer ce que nous faisons. Car on fait cela pour partager quelque chose de qualité.

Écouteriez-vous les conseils d’un écoutant ?   

Oui on sollicite les avis des gens qui viennent nous voir. On est des amateurs. On propose. On demande, mais ce ne serait que pour le live que nous changerions ceci ou cela.

Dans vos textes, on y trouve beaucoup de poésie, vous y tenez ?

On est conscient de nos limites quand on propose des textes, qui sont écris par nous quatre en alternance. On a, oui, une écriture poétique mais sans se qualifier de poètes. La poésie permet une lecture où chacun peut dire ce qu’il veut, mais ça nous responsabilise pour ne pas dire n’importe quoi. Nos références pour l’écriture sont Bashung et Gainsbourg, il faisaient de la poésie chantée. Dans leur écriture nous pouvons être influencé mais pas dans l’ambiance.

« La poésie permet une lecture où chacun peut comprendre ce qu’il 
veut, mais ça nous responsabilise pour ne pas dire n’importe quoi. »



Le Cri n’est pas un groupe très joyeux, les textes sont mélancoliques, tristes. C’est l’état de chacun d’entre vous ?

Chaque être humain a des émotions de joie et de tristesse. Je pense que quand on fait de l’art, cela doit apporter quelque chose. Je ne suis pas trop pour l’art où on dit que tout va bien, que tout est formidable et que tout ira bien.

Toutes nos chansons ont quelque chose de la nostalgie mais pas que. Comme nous sommes attachés au militantisme, cela se reflète aussi dans nos chansons, qui restent profondément optimistes.

« Je ne suis pas trop pour l’art où on dit que tout va bien. »



Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre premier album ?


« L’Hymne Fatal » est un album dans lequel on a essayé de parler de ce qui se passe autour de nous. C’est une sorte d’intro à « Éternelle Idole ».

Ce fut un vrai défi pour Le Cri : on a commencé le groupe en janvier et en octobre on sortait l’album. Notre style, le plus carré, le plus précis et technique. Et tout ce qu’on a pas dans la technique, on l’a dans l’énergie.

Quelques mots sur « Apocryphe » et sur « Les Deux Mots »?

Ce sont deux titres de l’album que nous nous fait avec notre groupe d’avant « L’Échine et les Nippons ». C’était un groupe de Punk et de Rock. Nous jouons ces deux morceaux en live. Le public commençait à les connaître et à les apprécier, raison pour lesquelles nous les gardons.

Voici un lien pour l'album de notre premier groupe L'Echine et les Nippons, "Black Buddhism", nous étions trois guitaristes et je chantais, première expérience d'enregistrement de CD, la batterie est électronique, l'album est sorti 3 mois avant que nous commencions le Cri et un an avant notre album L'Hymne

L’album incontournable ?

Dark Side Of The Moon des Pink Floyd 



et j’ajouterai In The Court Of King Crimson.



Pour finir, c’est notre petit « jeux » réservé à chaque artiste. Que pouvez-vous nous dire en deux mots sur :

Serge Gainsbourg : Poésie et nostalgie.

Noir Désir : Énergie et guitare.

Alain Bashung : Texte et lunettes de soleil.

Bernard Lavilliers : Ballade et paternel.


Le Cri, Victor, merci, merci pour ce chaleureux moment. Il ne vous reste plus qu’à conclure :

Notre album Eternelle Idole est actuellement disponible facilement via tous les sites de streaming et j’espère que cet interview vous aura donné envie de l’écouter, notre actualité pour 2018 comprend la participation au Tremplin Emergenza à Paris, la sortie d’un clip vidéo et d’une captation live, des dates à Paris et en province, toutes les infos sont à retrouver sur notre site internet et sur Facebook.

Pour conclure je voudrais remercier tous ceux qui font le Cri et qui nous permettent de faire de la musique, à savoir nos familles, nos amis, notre public, les salles qui nous accueillent en live, notre photographe Mademoiselle Flo et notre réalisateur Siegfried May, et bien sûr, vous Ichigo !


"Il faut se laisser porter par son rythme et sa poésie"

"Rythme et poésie" © Improbable peinture de Claude Delmas

Les liens:





Ichigo Samuru

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